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22 mars 2022, J moins 19

Qu'est-ce que la "remigration" ? "C'est le renvoi des étrangers qu'on estime ne plus être tolérables en France," affirme Zemmour hier soir sur M6, expliquant son projet de fonder un ministère consacré à la chose. "J'expulse les délinquants, les criminels, les fichés S." Comment ? "Des charters, des vols collectifs". Combien ? Cinq cent mille par ans, ou un million (ce point n'est pas clair).

Ce terme très laid est bien connu de la "fachosphère" (comme dit Libé) ou de la "réinfosphère" (comme dit TV Libertés). Pour le Huffington Post, "Aux abois dans les sondages, Zemmour achève sa marginalisation à l'extrême droite."

Difficile pour l'observateur impartial de comprendre ce qui choque le plus. La presse reprend généralement le refrain convenu sur le retour des heures les plus sombres. Objectivement, renvoyer des personnes hors-la-loi n'est pas en soi constitutif de fascisme (je ne sais pas combien de fois je l'ai déjà écrit, qu'à force de parler de fascisme pour tout et son contraire, le mot est devenu un épouvantail disqualifiant, vidé de son sens réel ; tout comme le sont devenus "nazi" et "génocide", notions que l'on devrait manier avec plus de précaution que de la TNT et que l'on entend prononcer sitôt le poste ouvert).

L'idée de consacrer un ministère à cette action heurte, il est vrai. Dans la logique du candidat, cette grande cause nationale mérite bien un portefeuille, c'est la raison pour laquelle les dispositifs actuels doivent être renforcés, de façon à marquer le coup.

Zemmour tweete : "Comme Barack Obama, prix Nobel de la paix, qui a expulsé 2,5 millions d’étrangers des États-Unis, j’expulserai les clandestins, les criminels et délinquants étrangers pour protéger la France et les Français."


L'emploi du mot, "fortement connoté", serait à lui seul une déclaration de guerre aux "valeurs républicaines". On avait dit la même chose sur l'expression "grand remplacement", comme le fait remarquer Zemmour, avant que le mot finisse par s'imposer jusque dans les écrits de Jacques Attali. Les critiques se feraient même entendre dans la zemmourie. Tout le monde se souvient - et les images sont là - que face à Michel Onfray, Zemmour avait déclaré ne pas connaître le terme.

On ne sait que penser. Pourquoi l'avait-il nié alors ? Et pourquoi revenir aujourd'hui avec cette proposition si tard dans la campagne ? Non qu'elle ne méritât pas d'être examinée, si l'on s'éloigne des discours antifas qui voient ici un travestissement d'une sorte d'épuration ethnique (en quoi ce serait une erreur, Zemmour voulant expulser des gens pour ce qu'ils font et non pour ce qu'ils sont) ; mais rien n'explique qu'elle vienne ici s'imposer sans que la nécessité du moment ne paraisse la justifier. Faut-il donc croire les analystes qui voient ici un nouvel indice de la panique qui désormais règnerait à Reconquête ?

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