Accéder au contenu principal

6 avril 2022, J moins 4

"Ah, si j'avais su !" Reconquête bataille ferme pour mobiliser les électeurs dégoûtés par les sondages. L'argumentaire tient en deux volets. Le premier vise la connivence des instituts avec "l'oligarchie McKinsey." Zemmour est le seul qui fait peur à Macron, l'objectif est donc de l'isoler et de casser la dynamique de sa campagne. En réalité, "Zemmour est à 18%, voire plus." Le "stratagème machiavélique" n'a qu'un seul but, installer dans la tête de tout un chacun qu'il est définitivement distancié. Le vote utile, par conséquent, ne saurait se porter à son bénéfice.

La seconde facette exploite les précédents. Les électeurs de Balladur, Jospin, Sarkozy, Fillon, ont renoncé à aller voter, pour des raisons diverses, et ont amèrement constaté, au lendemain du scrutin, que leur candidat n'avait échoué qu'à cause d'une poignée de voix manquantes - les leurs. De là ce "ah, si j'avais su", que l'équipe de Zemmour veut à tout prix épargner à ses sympathisants.


De l'art d'avoir toujours raison. Que les résultats soient bons ou mauvais dimanche soir, nous aurons droit au "je vous l'avais bien dit." Une victoire, et la clairvoyance zemmourienne sera célébrée sur tous les tons. Une défaite, et la manipulation "machiavélique" des organismes de "l'oligarchie McKinsey" sera au premier rang des accusés, dans la lignée de l'analyse faite par l'ancien journaliste.

Zemmour répond aux soupçons de manipulation au sujet de la mort de Jérémy Cohen :

"Qu'on ose m'accuser de récupération est indigne"
"Qu'on ose m'accuser de récupération est indigne" (lien)

Dont acte. Incidemment, il est fâcheux au superlatif de trouver un tel vocabulaire sous le clavier de Zemmour. Qu'est-il devenu, l'homme qui accusait de sensiblerie une classe politique adepte du parler compassionnel ? Ce genre d'expressions a-t-elle sa place chez celui qui se proclame avec tant d'assurance l'héritier du pays le plus littéraire que l'humanité ait compté ? Peut-on chérir Ronsard, Flaubert et Proust, et écrire "tourner le dos à ce papa" ? Il est grand temps que ce spectacle navrant se termine. Zemmour avait placé son dernier livre sous le signe de Choses vues, de Victor Hugo, et achève sa campagne avec un tweet dans le style de Nabilla. Allô quoi, Reconquête !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

6 février 2022

Match nul : Zemmour et Le Pen à égalité dans le dernier sondage , et les commentateurs estiment que les deux candidats ont pareillement réussi leur grand rassemblement d'hier. Je trouve cette unanimité un rien forcée. Le meeting de Lille fut objectivement une grande réussite - je laisse ici de côté les critiques sur le fond - qui doit beaucoup aux talents d'orateurs de Zemmour. Il s'est surpassé, il faut le reconnaître, et prouve qu'il a su donner une nouvelle dimension à sa posture d'homme public. Son audience est portée par une vague d'enthousiasme que l'on chercherait en vain auprès des partis concurrents. L'exaltation débridée autour du candidat où s'exprime, contre toute attente, une certaine jeunesse, donne raison à ceux qui ont cru en lui quand tout le monde se moquait d'un béjaune promis à être croqué tout cru. Habilement, il annonce reprendre aussi bien des mesures de Macron que de Sarkozy, du moment que ces mesures lui paraissent bénéfi...

11 avril 2022, le jour d'après

Zemmour appelle à voter Le Pen au second tour. C'est, je crois, le seul qui ait fait ce choix, assumant les erreurs qui ont fait échouer son projet. Le geste est valeureux mais convenu, voire suspect de la part d'un homme si fier de ne jamais regretter quoi que ce soit. Ce manque d'humilité ne l'a pas servi. Le petit sourire goguenard qui avait pris l'habitude d'apparaître sur son visage lors des débats porta haut le symbole de cet orgueil : moi je sais, semblait-il dire, mieux que vous tous ; j'ai lu plus de livres que vous, et depuis plus longtemps ; j'ai mieux étudié la situation et mon analyse est imparable, car je viens nanti de ma longue expérience de la scène politique. Ce petit sourire était celui d'un fort en thème assuré de sa victoire. Comment échouer quand on maîtrise les codes et que l'on a pénétré comme personne l'inconscient d'une France qui ne voulait pas mourir ? Vaines tartarinades. À présent que le premier tour est ache...

5 avril 2022, J moins 5

Viktor Orbán triomphalement réélu en Hongrie reçoit les félicitations du Kremlin et critique Volodymyr Zelinsky. On l'a déjà lu, certains commentateurs ou élus français évoquent ouvertement une cinquième colonne poutinienne dans l'Europe démocratique. Le dictateur aurait des relais un peu partout - en Hongrie, donc, en Allemagne, naturellement, et en France : avec Zemmour et Le Pen, il tiendrait deux fers au chaud pour préparer le monde d'après, délivré de l'insupportable tutelle atlantiste et augurant d'amicales coopérations avec la grande fédération de l'Est. Dans ce contexte, plusieurs voix s'étonnent de l'apparition soudaine, dans la dernière ligne droite, du drame qui endeuilla Bobigny, en février. Cette tragédie serait-elle instrumentalisée par des esprits retors et en mission pour l'étranger ? D'un autre côté, comment penser en taire l'horreur, qui soulignerait, si les faits sont avérés, à quel point nos cités sont imprégnées d'un...