Accéder au contenu principal

14 mars 2022, J moins 27

Village Potemkine et syndrome Balladur. La rencontre prétendument fortuite de Zemmour avec des automobilistes au bord de la crise de nerfs, vent debout contre la politique tarifaire du pouvoir, tenait de la basse manœuvre. Des partisans de Reconquête avaient été installés dans une station service, tout disposés à plébisciter la mesure de blocage des prix avancée par Zemmour, qui tomba à pic pour exprimer sa compréhension de ces laissés-pour-compte de la mondialisation.

Ben voyons ! La supercherie était grosse et mal fichue. Elle fut éventée avant même que Reconquête ait le temps de faire connaître le vrai-faux reportage, si bien que l'antidote précéda le poison.

On se souvient que Balladur, en 95, avait dû quitter un hélicoptère en panne sèche pour faire de l'autostop et rencontrer une charmante automobiliste qui le mena à temps pour son meeting. D'accord, Balladur autostoppeur, c'est un peu comme Einstein à la plage : de la science-fiction, ou un opéra de Philip Glass. Car on s'aperçut bien vite que la belle histoire était un magnifique bidonnage, qui enfonça encore davantage l'homme qui devait être président. Dur pour Zemmour de voir planer l'ombre maudite de Balla, immobile à grands pas.

Dur aussi de voir la lettre Z, initiale chérie des nouveaux patriotes, exploitée ad nauseam par les troupes de Poutine qui martyrisent l'Ukraine, en symbole de "dénazification". La coïncidence est fâcheuse, assurément, pour les raisons que l'on sait.

Reconquête réagit. La contre-attaque prend la forme d'une vidéo, Ils vous disent. Zemmour refait le coup, en condensé, de sa déclaration de candidature. Las ! Toute ferveur a disparu. Richard Clayderman a remplacé Ludwig van Beethoven. Les mots sont banals. La magie s'est envolée. Nous voilà revenus aux jours sombres de la fin novembre, quand le mouvement cherchait un nouveau souffle. Il l'avait trouvé, et ce fut alors une "divine surprise".


La renaissance est-elle possible, et à quel prix ? Les Républicains ont infiltré une réunion zemmouriste après le débat avec Valérie Pécresse, et publié plus de deux minutes de réactions désabusées. On peut l'entendre ici. On s'en doutait, la déception est immense, et confirme le marasme d'un parti en panne sèche.

Article de la veille    Article du lendemain

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

6 février 2022

Match nul : Zemmour et Le Pen à égalité dans le dernier sondage , et les commentateurs estiment que les deux candidats ont pareillement réussi leur grand rassemblement d'hier. Je trouve cette unanimité un rien forcée. Le meeting de Lille fut objectivement une grande réussite - je laisse ici de côté les critiques sur le fond - qui doit beaucoup aux talents d'orateurs de Zemmour. Il s'est surpassé, il faut le reconnaître, et prouve qu'il a su donner une nouvelle dimension à sa posture d'homme public. Son audience est portée par une vague d'enthousiasme que l'on chercherait en vain auprès des partis concurrents. L'exaltation débridée autour du candidat où s'exprime, contre toute attente, une certaine jeunesse, donne raison à ceux qui ont cru en lui quand tout le monde se moquait d'un béjaune promis à être croqué tout cru. Habilement, il annonce reprendre aussi bien des mesures de Macron que de Sarkozy, du moment que ces mesures lui paraissent bénéfi...

29 mars 2022, J moins 12

Zemmour revendique une audience de 7 millions de Français, en 24 heures, pour son rassemblement du Trocadéro. Le total est obtenu en additionnant les audiences des différentes télévisions et chaînes de l'internet et en ajoutant les 100 000 personnes qui se sont déplacées, selon les organisateurs. On ne sait pas trop comment il en conclut que ce sont tous des Français (ou plutôt si, on sait qu'il est tombé une nouvelle fois dans le péché d'orgueil), et il ne peut ignorer qu'une connexion ne représente pas un citoyen. Mais assez de chipotage, je suis le dernier à penser que l'événement fut un échec. 7 millions pour Zemmour ( lien ) Ce succès sert sa défense : l'événement est une réussite si manifeste que seuls des journalistes jaloux, ou empressés à soutenir la Macronie, s'obstinent à déplorer les dix secondes où retentirent les "Macron, assassin", parole aussi regrettable qu'inaudible pour peu que l'on soit juché sur une estrade en plein air...

1er février 2022

"Le son, le bruit, que vous aimez ?" demande Pascal Praud à Éric Zemmour. Là, on se dit que le candidat ne va pas oser citer quelque chanson de variété d'un groupe anglais. On veut croire qu'il aura pris la mesure de la mission dont il s'est lui-même emparé avec tant de fougue, qu'en toute conscience de la nécessité d'inscrire sans combat dans une filiation millénaire, il se sera mis en mémoire quelque grand nom qui fit tant pour la splendeur musicale de notre pays. On prie le Ciel pour voir cet esthète si fier de l'héritage national interroger sa conscience - Madamina, il catalogo ? - pour hésiter un instant entre Auber, Bizet, Couperin, Dutilleux, Escaich, Fauré, Gounod, Hahn, Ibert, Jolivet, Koechlin, Lalo, Milhaud, Niedermeyer, Offenbach, Poulenc, Quinault, Rameau, Satie, Tomasi, Uc de Saint-Circ, Varèse, Widor, Xenakis, Yvain ou Zygel. Et l'on se refuse à admettre qu'il va citer, tout fier de lui, une banalité ressassée comme, disons, le...