Accéder au contenu principal

27 janvier 2022

Quand les historiens des siècles futurs déchiffreront, depuis les entrailles fossilisées d'un disque dur détérioré par le réchauffement climatique et les guerres de religion, les écrits que je lègue ici la la Postérité, ils étudieront, incrédules, la survivance en 2022 de bonnes vieilles recettes politiques. "Monsieur Zemmour ne m'intéresse pas. (...) M. Zemmour fait une campagne de haine, c’est son affaire (...) Je ne suis pas thérapeute. Je ne guéris pas les gens qui viennent publiquement expliquer leurs angoisses, leurs pathologies et leurs déchirements internes. Je n’ai pas de compétences pour ça."

Heureusement, il y a des instituts de rééducation pour ça, madame Taubira, dans certaines sociétés philanthropiques où le déviant est éloigné pour le bien de tous de la place publique. Il ne manquerait plus que des idées déplorables propagées par des individus déchirés par une pathologie morbide viennent contaminer des idéaux progressistes et entraver la Grande Marche en Avant.

Le compte Twitter de Christiane Taubira
Le compte Twitter de Christiane Taubira (lien)

La femme politique et ancienne ministre refuse donc de débattre avec Zemmour, sauf si cela se faisait dans un échange avec tous les autres candidats, précise-t-elle. Zemmour en revanche ne ferme aucune porte et lance des appels à tout vent. Il connaît sa force en face-à-face. Sans contredit, il est bon. Mais pas invincible, et je pense qu'il présume de ses forces. Agnès Pannier-Runacher, si ma mémoire est bonne, l'avait sérieusement égratigné en l'amenant sur des terrains qu'il ne maîtrise pas, et en entrant dans le détail des dossiers industriels.

Emmanuel Macron l'avait emporté haut la main sur Marine Le Pen il y a cinq ans, en faisant valoir une excellente connaissance de ce genre de sujets. Zemmour s'en sortirait mieux que la présidente du RN, sans aucun doute, tout en risquant gros. Il s'attache trop à l'essence des choses. Il manie les références historiques, mais manque d'un indispensable sens pratique, qui l'amènerait à relativiser les "enseignements de l'histoire" et la "logique des nations", ces tartes à la crème des idéologues. Son amour de la théorie est son talon d'Achille. Sa passion pour un très marxiste "sens de l'histoire" l'aveugle et le pousse à énoncer des énormités qui peuvent lui être fatales, pour peu que son adversaire ait la présence d'esprit de les relever. Il s'était fait très correctement étriller par David Lisnard, pour le même type de raisons. Face à Macron, ce redoutable rhéteur, il risque de connaître le prix du sang et des larmes.

Ce soir, rien de tel n'est à craindre dans Face à Baba où il sera un adversaire de l'invité principal, Jean-Luc Mélenchon. Les deux hommes ont l'habitude de s'opposer tout en se ménageant. Le Français insoumis, qui a le vent en poupe, ne semble pas de taille à nuire à son opposant de droite. Résultat de la confrontation demain. Je veux croire que les débats conserveront un niveau civilisé, ce qui n'était pas toujours flagrant dans la précédente diffusion de cette ignoble émission.

Article de la veille    Article du lendemain

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

6 février 2022

Match nul : Zemmour et Le Pen à égalité dans le dernier sondage , et les commentateurs estiment que les deux candidats ont pareillement réussi leur grand rassemblement d'hier. Je trouve cette unanimité un rien forcée. Le meeting de Lille fut objectivement une grande réussite - je laisse ici de côté les critiques sur le fond - qui doit beaucoup aux talents d'orateurs de Zemmour. Il s'est surpassé, il faut le reconnaître, et prouve qu'il a su donner une nouvelle dimension à sa posture d'homme public. Son audience est portée par une vague d'enthousiasme que l'on chercherait en vain auprès des partis concurrents. L'exaltation débridée autour du candidat où s'exprime, contre toute attente, une certaine jeunesse, donne raison à ceux qui ont cru en lui quand tout le monde se moquait d'un béjaune promis à être croqué tout cru. Habilement, il annonce reprendre aussi bien des mesures de Macron que de Sarkozy, du moment que ces mesures lui paraissent bénéfi...

5 avril 2022, J moins 5

Viktor Orbán triomphalement réélu en Hongrie reçoit les félicitations du Kremlin et critique Volodymyr Zelinsky. On l'a déjà lu, certains commentateurs ou élus français évoquent ouvertement une cinquième colonne poutinienne dans l'Europe démocratique. Le dictateur aurait des relais un peu partout - en Hongrie, donc, en Allemagne, naturellement, et en France : avec Zemmour et Le Pen, il tiendrait deux fers au chaud pour préparer le monde d'après, délivré de l'insupportable tutelle atlantiste et augurant d'amicales coopérations avec la grande fédération de l'Est. Dans ce contexte, plusieurs voix s'étonnent de l'apparition soudaine, dans la dernière ligne droite, du drame qui endeuilla Bobigny, en février. Cette tragédie serait-elle instrumentalisée par des esprits retors et en mission pour l'étranger ? D'un autre côté, comment penser en taire l'horreur, qui soulignerait, si les faits sont avérés, à quel point nos cités sont imprégnées d'un...

4 avril 2022, J moins 6

Les deux éléments les plus saillants du phénomène Zemmour, sa position sur la Russie et son combat contre le grand remplacement, s'exacerbent en cette fin de campagne. Sur les carnages subis par l'Ukraine, Zemmour écrit  : "Les images de la ville de Boutcha révèlent au monde entier des atrocités commises par l'armée russe sur les populations civiles. Nous ne pouvons rester insensibles à ces images. Ces crimes de guerre doivent faire l'objet d'une enquête pour punir les responsables." Est-il sincère ? On veut le croire. Crédible ? Non. Il n'imagine pas une seconde Poutine jugé par la Cour pénale internationale, et le dit sans fard. Alors, "punir les responsables" est une phrase toute faite, creuse comme sa compassion, qu'il sert à on ne sait quels gogos. Les réactions à son message révèlent l'ampleur des sensibilités sur ce massacre : il n'y a pas eu d'atrocités commises par les Russes, d'ailleurs les Russes n'en sont ...